Rosmerta, 7 rue Pasteur, 84000 AVIGNON 09 52 20 06 67
communiqué, evenements

En réponse au communiqué de presse de la Cour du Barouf – Académie Internationale Des Arts du Spectacle, mais surtout pour clarifier notre positionnement :

Nous, collectif Rosmerta, comprenons parfaitement les craintes des membres de la Cour du Barouf quant aux risques pesant sur leur participation au festival Off d’Avignon, et nous les partageons.
Nous sommes entrés non pas par effraction mais en poussant une porte ouverte dans les bâtiments vides appartenant au diocèse du 7 et 7 bis rue Pasteur d’Avignon.
Dès le 21 décembre 2018, avec l’ouverture des lieux au public et l’accueil des familles et adolescents sans abris, nous avons rendu public notre volonté de coopération avec toutes les personnes et structures concernées de près ou de loin par l’avenir de ce bâtiment.
Dès la première semaine de janvier nous avons rencontré M.Boso et le directeur technique de la cour du Barouf.
Nous leur avons fait part de notre volonté de construire ensemble une charte de co-habitation afin que le festival se déroule dans des conditions acceptables pour les compagnies et leur publics mais aussi les enfants, adolescents et adultes hébergés par Rosmerta.
Nous avons, dès ce moment, partagé nos inquiétudes : la commission de sécurité acceptera-t-elle une telle co-habitation ? Si non, la cour du Barouf a-t-elle un lieu alternatif à envisager ?
Nous notons qu’a ce moment il aurait pu paraître pertinent pour la cour du Barouf de se retourner, et de peser le sort des 80 statuts d’intermittents dans la balance.
Si M.Boso et M.Bertrand (président de la cour du Barouf) avaient dès ce moment accepté de discuter avec les différentes institutions et Rosmerta ou bien s’ils avaient envisagé dès le mois de janvier une solution alternative, les compagnies et les intermittents qui y travaillent ne seraient pas dans cette situation d’urgence au mois d’avril.
Pourtant, malgré nos relances, le dialogue est resté au point mort. Une lettre ne faisant pas mention de nos échanges a été envoyée par les directeurs de la cour du Barouf à Monsieur le préfet. C’était pour nous un premier coup bas, alors que nous pensions pourvoir échanger en confiance.
Nous n’avons ensuite eu, malgré nos mails et nos relances, que peu de contacts avec le personnel de la Cour du Barouf jusqu’à l’envoi de leur part d’un ‘’règlement intérieur’’ sous forme d’injonction qui ne semblait ouvrir aucune discussion.
Ensuite, le 5 avril, M.Boso et M.Bertrand accompagnés d’une troisième personne (qui n’a pas voulu dire son nom, et au rôle un peu flou), sont venus nous rencontrer à Rosmerta. Cet échange a été pour nous peu constructif et coloré d’agressivité.
Si M. Boso semblait vouloir continuer l’échange et trouver des terrains d’entente, M. Bertrand lui ne voyait pas l’intérêt de parler à des « squatteur ». Pour lui, pas d’alternative envisagé, que les habitant.e.s quittent les lieux pour laisser place nette à la Cour du Barouf!
Nous avions pourtant commencé à travailler sur une contre proposition a leur règlement intérieur. Suite à cet échange, nous sommes restés sur nos position d’ouverture et de dialogue et avons renvoyé une proposition de convention de co-habitation basée sur la première proposition de ‘’règlement intérieur’’.
Nous avons ensuite appris, par voies détournées, que M. Bertrand avait choisi de ne pas faire le festival. Et ce, sans que nous n’ayons été officiellement tenus au courant. Puis M. Boso nous a demandé, au cours du week-end de Pâque, de fournir une attestation affirmant que si toutes les personnes accueillies par Rosmerta étaient relogée de façon décente, avec un accompagnement digne et adapté pour chacun des cas, nous quitterions les lieux.
C’est la base de nos demandes, alors il nous a été évident de lui fournir rapidement cette attestation et y avons renouvelé notre volonté, en cas de non relogement décent des personnes, de tout faire pour pouvoir co-habiter avec la Cour du Barouf durant son festival.
Comme dit dans le communiqué de M.Boso, de nombreux intermittents du spectacles sont actifs au sein de l’association Rosmerta. Nous sommes parfaitement au courant et sensibles aux problématiques soulevées par une éventuelle annulation de la participation de la Cour du Barouf au festival Off d’Avignon.
En revanche, nous sommes également confrontés au quotidien à la détresse des jeunes et des familles accompagnées par Rosmerta. Nous savons, malgré les mensonges propagés par le diocèse et la préfecture, que ces personnes adultes et enfants, n’ont pas, actuellement, de solutions pérennes d’hébergement et d’accompagnement en dehors de Rosmerta.
Nous devons toutes les semaines refuser de nouveaux accueils de familles et de jeunes par manque de place.
Le problème de l’accueil des personnes en situation de migration, mineurs isolés considérés à tort comme majeurs par l’aide sociale à l’enfance et familles déboutées du droit d’asile ou en début de parcours de demande d’asile est un problème structurel à l’échelle de la France. Aujourd’hui tous les réseaux militants et solidaires sont saturés partout dans le pays et la plupart des foyers et structures officielles sont également saturés.
Au chantage constant que nous fait la Cour du Barouf sur le droit au travail, il nous est difficile de ne nous retenir à lui opposer le droit à la vie dans la dignité. Et, sans ironie, nous soutenons son appel à l’ensemble des programmateurs des lieux de spectacle de la Ville et du festival afin qu’ils puissent accueillir les compagnies programmées au Barouf si la commission de sécurité ne lui permet pas d’ouvrir.

Nous ré-affirmons notre volonté de tout faire pour que la Cour du Barouf puisse ouvrir au sein du 7 et 7bis rue Pasteur pour le festival Off d’Avignon, mais nous réaffirmons que nous mettrons en priorité la protection, la mise à l’abri et l’accompagnement des mineurs avec ou sans parents en situation de fragilités et abandonnés par les pouvoirs publics.

L’association Rosmerta

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communiqué, evenements

Le jeudi 19 Avril, 3 familles et 6 jeunes accueillis au 7 rue Pasteur par l’association Rosmerta étaient convoqués par les services de la préfecture, dans les locaux du SIAO d’Avignon, en vue d’une proposition de relogement.

Pour les jeunes, la proposition a vite avorté. En effet, après avoir à nouveau remis en doute leur minorité,  la représentante de la préfecture a confirmé que s’ils avaient effectivement moins de 18 ans, seuls les services départementaux étaient compétents pour assurer leur protection.

Les familles convoquées sont :

  • un couple dont une femme enceinte de 5 mois, grossesse diagnostiquée  »à risque », en procédure de demande d’asile (procédure « Dublin »),
  • un couple avec une jeune enfant de 15 mois, débouté du droit d’asile, ayant introduit un recours contre une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), et sollicitant un réexamen de  sa demande
  • un couple dont une femme enceinte de 8 mois et demi avec un jeune enfant de 16 mois, dans la même situation que le couple précédent.

Après avoir rappelé le caractère illégal de la situation de Rosmerta et brandi la menace d’une expulsion prochaine, des propositions de relogement leur ont été faites : une prise en charge en appartement pour le couple de demandeur d’asile et 15 jours en  »hôtel » pour les deux autres familles.

Il a été rappelé au premier couple qu’en cas de refus, l’allocation de demandeur d’asile serait supprimée. Ce qui n’est que l’application des textes.

Les deux autres familles se sont vu signifier une menace à savoir qu’en cas de refus, plus aucune proposition d’hébergement ne leur serait faite.

Ces familles ont sollicité un délai de réflexion et ont été enjoints de rappeler à 15h pour donner leur réponse.

En concertation avec les bénévoles de Rosmerta, elles ont  accepté ces propositions et ce, malgré l’angoisse générée par le fait de quitter aussi précipitamment un lieu dans lequel ils se sentaient chez eux et accompagnés, pour une  »solution » qui semble, au moins pour deux des familles, très précaires.

Après avoir pris attache avec le 115, comme convenu à 15 heures, les familles se sont vues fixer des rendez-vous à 17h et 18h. A peine deux heures pour faire un petit sac, pas le temps de rassembler toutes leurs affaires. Les enfants ne comprennent pas ce qui se passe, les femmes enceintes sont épuisées, beaucoup de stress pour tout le monde. Les rendez-vous sont éloignés du centre ville, des bénévoles les accompagnent en voitures. Il nous semble indécent de demander à deux femmes enceintes dont l’une accouche dans moins de 3 semaines, de marcher à travers tout Avignon.

Nous avons la surprise de constater que la proposition d’une prise en charge en hôtel est, en fait, un hébergement en CAO. Toutefois, le délai de 15 jours leur a bien été confirmé.

L’autre couple est, quant à lui,  placé dans un appartement très éloigné du centre ville, au sein d’un dispositif d’accueil d’urgence ne correspondant pas à leur situation de demandeur d’asile. Il leur a été précisé qu’aucun suivi médical ou accompagnement à l’hôpital ne serait fait, bien que de nombreux rendez-vous soient, déjà, programmés pour la femme dont la grossesse est particulièrement surveillée. Ils sont tenus de rappeler 2 fois par semaine le 115 pour se voir confirmer la prolongation de leur séjour dans cet appartement.

Si nous reconnaissons une certaine volonté d’action de la part de la préfecture, nous ne pouvons que déplorer et dénoncer la précarité des solutions proposées. Que vont faire ces familles dans 15 jours ? Pourquoi le couple demandeur d’asile n’est-il pas pris en charge dans un hébergement d’urgence pour demandeur d’asile, conformément aux textes législatifs et réglementaires ? Pourquoi une telle précipitation dans le placement des familles qui est source de beaucoup d’angoisse alors qu’une transition de Rosmerta vers un dispositif adapté pouvait s’effectuer faire sereinement, en quelques jours, comme cela fut, déjà, le cas pour 3 familles.

Nous constatons le déni dans lequel s’installe la Préfecture en refusant d’admettre le manque crucial d’hébergements pour demandeur d’asile. Ce constat est partagé, au niveau national, par l’ensemble des associations oeuvrant pour l’aide aux demandeurs d’asile. Elle nie, également, les chemins tortueux, les portes closes, les lits à-même le sol, les nuits d’errance de ces familles.

De la même manière, elle refuse de reconnaître la qualité de l’accueil proposé par Rosmerta grâce à la mobilisation de centaines de bénévoles.

Nous demandons à ce que l’Etat s’engage sur des accompagnements plus pérennes et prenne en compte la situation dramatique dans laquelle se trouvent les familles exilées.

Nous réitérons notre demande de rendez-vous en présence des représentants de la préfecture, du conseil départemental, du SIAO, de Madame le Maire d’Avignon, du député de la 1ère circonscription et du diocèse pour évoquer la situation de ces familles et de ces jeunes ainsi que pour travailler à l’élaboration d’un plan pour l’avenir qui prenne en compte la dignité humaine dans un projet global de société.

Nous souhaitons que cette rencontre soit publique.

Depuis le 21 décembre 2018, l’association ROSMERTA n’a fait que de substituer à des institutions défaillantes en n’ayant qu’un seul but : respecter l’hébergement et la protection de l’enfance comme droits inconditionnels et constitutionnels.

Toute action à l’encontre des accueillis de ROSMERTA et de ses bénévoles ne pourra, dès lors, qu’être considérée comme contraire aux valeurs et à la devise de la République.

NB : Malgré le départ (peut-être temporaire) de ces familles, 30 personnes sont encore hébergées au 7 rue Pasteur.

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